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Mahmoud Tounsi : un des fondateurs de l'avant-garde
littéraire

Né le 13 décembre 1944 à Menzel-Témime (Baccar
et Garmadi indiquent l’année 1941 ?!). Après des études primaires
dans sa ville natale et secondaires à Tunis, il poursuit ses études
spécialisées à l’Ecole des Beaux-Arts de Tunis où il comme
professeurs : Hédi Turki, Abdelaziz Gorgi, Mahmoud Séhili, Habib
Chébil et d’autres. Fonctionnaire d’abord dans l’administration
tunisienne et à la maison de la Radio et Télévision Tunisiennes, [il
devient ensuite] professeur d’arts plastiques au lycée de
Menzel-Témime, puis maire de Menzel-Témime. Il décède
accidentellement en 2004.
La production littéraire de Tounsi, bien que variée (poèmes,
nouvelles, articles et études spécialisées en peinture) est limitée,
surtout depuis qu’il se consacre à la peinture ; en effet, il expose
régulièrement, individuellement ou en groupe, à partir des années
1980 . Mais les écrits de Tounsi occupent une place de choix dans la
production littéraire en arabe en Tunisie. Tous les critiques
littéraires sont unanimes pour saluer sa virtuosité, son innovation
et son cachet original. Son unique recueil de nouvelles : Espace
(Fada’), publié en 1973 par la Maison Tunisienne de l’Edition (121
p.), le place d’emblée parmi les écrivains dits d’avant-garde avec
essentiellement ‘Ezzeddine Madani, Samir ‘Ayyadi, Hsan Nasr,
‘Arousiya Nalouti et d’autres.
« Cette tendance dite d’avant-garde, écrivent Taoufik Baccar et
Salah Garmadi, […] va le plus profondément bouleverser la structure
du récit […]. Ces écrivains, ajoutent-ils, participaient d’une
démarche commune qui se fondait, en théorie, sur un double refus et
une proposition. Refus des codes de la littérature arabe ancienne et
de la poétique occidentale moderne […] ». La proposition, c’est «
l’expérimentation dont l’espace doit être l’entre-deux. » Tounsi,
exploitant les techniques de la peinture et de la sculpture, les
jeux de la lumière, témoigne d’un grand effort d’invention pour «
nous faire voir et sentir à neuf les êtres et les choses. » L’auteur
s’attaque au langage comme à un matériau d’artiste ; « Le langage
piège où, à son insu, notre conscience se laisse prendre, et qui
tisse l’imperceptible grille de notre regard. C’est donc à un
véritable décrassage de nos sens que se livre l’auteur. »
Dans sa nouvelle : Un Plat de keftagi avec œuf, qui a été traduite à
deux reprises en français , et dernièrement en espagnol, « l’espace,
les objets et les êtres sont dessinés comme au fusain […]. Aucune
sorte d’exubérance, tout est rendu dans la netteté, le palpable […]
des contours, des couleurs, des matières, en dehors de toute
subjectivité apparente. » L’objectif de l’auteur est de démontrer
qu’entre les choses, les objets et les hommes, il y a des rapports
significatifs, voire même des correspondances. Dans cette nouvelle,
c’est le drame poignant des déshérités, pourtant producteurs de
richesses, qui se voient exclus des fruits de leur labeur ; nous y
lisons ce qui suit :
« Le serveur revient avec le quart de pain et le place devant le
client. Ce dernier tend la main mais le pain se dérobe et se
dégringole à terre. Il se penche pour le ramasser : le pain se met à
rouler sur le sol. « Où t’en vas-tu, lui cria-t-il, au diable ? » Il
fait quelques pas pour l’attraper : le pain roule plus loin. Il le
poursuit : le pain file encore plus vite. Il presse l’allure : le
pain en fait autant et sort de la gargote.
Se tapant les cuisse, le client s’exclame : « Le pain s’est échappé
! » et il se précipite dehors en criant : « Attrapez-le !
Attrapez-le ! » ; personne n’y fait attention, chacun court après
son pain. »
Nous pensons que cet aspect engagé de l’écriture de Tounsi ne doit
pas être négligé au détriment de la forme neuve et originale de ses
nouvelles et de ses poèmes. En effet, l’auteur a milité
politiquement dans les courants progressistes et a été l’un des
fondateurs, en 1977, du Conseil National des Libertés qui a débouché
sur la création de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme. Un
grand nombre de ses nouvelles, notamment Un Monsieur sombre, dénonce
la dictature sous toutes ses formes et présente un portrait
caricatural et ironique du dictateur type . Le titre même de son
recueil semble indiquer la nécessité vitale de la liberté à la fois
au niveau politique et populaire et au niveau intellectuel comme
étant la seule garantie pour tout progrès et évolution.
Dr. Jelloul AZZOUNA
Dictionnaire des écrivains tunisiens
Le Temps, mercredi 10 novembre 2004, p. 8.
Bibliographie sommaire :
- Jelloul AZZOUNA, Article sur Espace dans le journal
Al-Ra’y, 1er août 1980.
- Amor BEN SALEM, Ecrivains de Tunisie (en arabe), Tunis : Sahar,
1995, p. 63-64.
- Béchir BEN SALMA, Les courants littéraires dans la Tunisie
contemporaine (en arabe), Sousse : Dar al-ma’aref, 1996, 144 p.
- Jean FONTAINE, Bibliographie historique des écrits tunisiens (en
arabe), Tunis : Bayt al-hikma, 1986, p. 198-199.
- Hassen HAMADA, Article sur Espace dans le journal Al-Sabah, 31 mai
1973, p. 3.
- Ahmed AL-KEDIDI, Article dans le journal Al-‘Amal al-thaqafi, 30
avril 1973, p. 10.
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